Les insectes pollinisateurs jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes. Ils participent à la reproduction d'une grande partie des plantes à fleurs et contribuent directement à de nombreuses productions agricoles.
Selon l'IPBES, plus de 75 % des types de cultures alimentaires dans le monde dépendent au moins en partie de la pollinisation animale. Près de 90 % des plantes à fleurs sauvages dépendent également, au moins en partie, des animaux pollinisateurs.
Source : IPBES, évaluation mondiale des pollinisateurs, de la pollinisation et de la production alimentaire.
Les insectes pollinisateurs sont confrontés à plusieurs pressions qui peuvent se combiner : disparition ou fragmentation des habitats, intensification de certaines pratiques agricoles, pesticides, manque de ressources alimentaires, maladies, parasites, espèces invasives et changements climatiques.
Pour les abeilles sauvages, la disparition des habitats naturels est particulièrement importante. Les transformations des paysages, le remembrement, la disparition des haies, des prairies, des talus et des zones naturelles réduisent les possibilités de se nourrir et de trouver un site de nidification.
L'intensification de l'agriculture et l'utilisation de pesticides peuvent également exposer les pollinisateurs à des risques importants. Les effets peuvent être directs, mais aussi indirects lorsqu'ils réduisent les ressources alimentaires ou perturbent certaines fonctions des insectes.
La végétalisation peut apporter plusieurs bénéfices : créer des habitats, offrir des ressources alimentaires aux insectes, améliorer la biodiversité, limiter localement les îlots de chaleur et rendre les espaces urbains plus agréables.
Pour avoir un impact réel sur un territoire, les actions doivent être pensées dans leur ensemble : jardins, parcs, arbres, haies, prairies, friches, talus et autres espaces pouvant servir de refuges.
L'IPBES estime que plus de trois quarts des types de cultures alimentaires mondiales dépendent au moins en partie de la pollinisation animale. Cela ne signifie pas que 80 % de notre alimentation disparaîtrait automatiquement sans insectes : la dépendance varie énormément selon les cultures.
Les pollinisateurs sont particulièrement importants pour de nombreux fruits, légumes, graines et noix. Ils contribuent aussi à la reproduction de nombreuses plantes sauvages.
Source : IPBES, Pollinators, Pollination and Food Production.
Les abeilles sauvages ne constituent pas une seule espèce. Elles regroupent de très nombreuses espèces ayant des modes de vie différents.
La grande majorité des abeilles sauvages sont solitaires. Contrairement à l'abeille domestique, elles ne vivent donc pas dans une colonie organisée autour d'une reine et d'ouvrières.
Une abeille solitaire construit généralement son propre nid et prépare elle-même les réserves nécessaires à sa descendance.
Carte : données anciennes présentées sur cette page. Les chiffres correspondent aux périodes indiquées sur la carte.
Chez de nombreuses abeilles solitaires, la période où l'adulte vole est relativement courte. Une grande partie du cycle de vie se déroule sous forme de larve ou dans le cocon.
Les mâles peuvent parfois ne vivre que quelques jours ou quelques semaines, selon l'espèce. La durée de vie des femelles varie également beaucoup selon les espèces.
Ces abeilles ne produisent pas de réserve de miel destinée à une colonie. La femelle rassemble plutôt du pollen et du nectar qu'elle dépose dans les cellules du nid afin de nourrir ses futures larves.
Abeille solitaire Nid au sol
Les abeilles solitaires utilisent une très grande variété de sites pour installer leur nid.
Une grande partie des espèces nichent dans le sol. Le site abeillessauvages.com indique qu'environ 70 % des abeilles solitaires font leur nid dans la terre, notamment dans les zones peu végétalisées, ensoleillées, les talus ou certaines pelouses.
Les autres espèces utilisent différents supports : anciennes galeries d'insectes, bois mort, tiges creuses, tiges à moelle, fissures dans les rochers ou autres cavités naturelles.
Les tiges de ronce, framboisier, sureau, fusain, rosier ou buddléia peuvent par exemple fournir des cavités utilisées par certaines abeilles.
Lorsque le bois mort est systématiquement retiré, que les vieilles tiges sont coupées et que les sols sont fortement artificialisés, certaines possibilités de nidification peuvent disparaître.
Dans les jardins, conserver quelques zones naturelles, des tiges creuses, du bois mort non traité et des secteurs de sol nu peut donc offrir des possibilités supplémentaires à certaines espèces.
Source : Abeilles sauvages, informations sur les abeilles solitaires et leurs sites de nidification.
Des recherches ont étudié les effets de plusieurs pesticides sur les pollinisateurs. L'idée d'un « effet cocktail » correspond au fait qu'un insecte peut être exposé à plusieurs substances différentes.
Certaines études expérimentales ont montré que des expositions multiples peuvent provoquer des effets sur le comportement, l'orientation, l'alimentation ou la survie des insectes.
Ces résultats doivent cependant être replacés dans le contexte précis de chaque étude : espèce étudiée, produits utilisés, doses, durée d'exposition et conditions expérimentales.
Il faut être prudent avec les chiffres souvent repris sur Internet. Une diminution observée dans une région ou dans un groupe d'insectes ne permet pas automatiquement de conclure que tous les insectes ont diminué dans les mêmes proportions partout dans le monde.
Une étude allemande publiée en 2017 a notamment rapporté une diminution d'environ 76 % de la biomasse des insectes volants sur 27 années dans des zones protégées étudiées en Allemagne.
Ce résultat a été largement commenté et a contribué à attirer l'attention sur le déclin des insectes. Des travaux scientifiques ultérieurs ont discuté les causes et l'interprétation de ces variations. Une étude publiée en 2023 a notamment analysé le rôle des conditions météorologiques, tandis qu'un article de 2025 a contesté certaines de ses conclusions.
La conclusion raisonnable est donc que de nombreuses études montrent des déclins d'insectes dans différents lieux et groupes, mais que l'ampleur du phénomène varie selon les régions et les espèces et que ses causes sont multiples.
Sources : Nature, études et analyses consacrées à la biomasse des insectes en Allemagne ; IPBES.
Les changements de température et les événements météorologiques extrêmes peuvent modifier le cycle de vie des insectes.
Une chaleur excessive peut fragiliser certains insectes. Des hivers plus doux peuvent également modifier leur période d'activité ou leur cycle de développement.
Il existe aussi un risque de décalage entre le moment où certaines plantes fleurissent et celui où les insectes dont elles dépendent sont actifs. Lorsque les cycles ne correspondent plus suffisamment, les relations entre plantes et pollinisateurs peuvent être perturbées.
La diapause est un état de vie ralentie qui survient à un stade donné du développement de certains insectes. Le métabolisme est fortement réduit, ce qui permet à l'insecte de traverser une période défavorable.
Les conditions climatiques peuvent influencer l'entrée ou la sortie de diapause selon les espèces.
C'est en suivant la vie des abeilles depuis un bon moment que je me suis inquiété de la situation des insectes.
Dans le nord de la France, je photographie depuis plusieurs années des insectes, principalement dans les jardins et les espaces urbains : abeilles, papillons, coccinelles, bourdons, etc.
Mon observation personnelle : j'ai constaté certaines années beaucoup moins d'abeilles et de bourdons, ainsi qu'une diminution apparente de plusieurs oiseaux que j'avais l'habitude d'observer.
Ces observations sont intéressantes comme témoignage personnel, mais elles ne suffisent pas à elles seules à mesurer scientifiquement le déclin des populations. Pour cela, il faut des suivis standardisés réalisés sur de longues périodes et dans plusieurs régions.
Août 2023 – observation personnelle.
Oui, de nombreuses études scientifiques ont documenté des diminutions de l'abondance, de la biomasse ou de la diversité de certains insectes dans différentes régions.
Mais il faut éviter une généralisation trop simple : les tendances ne sont pas identiques pour toutes les espèces, tous les pays et tous les habitats. Certaines populations peuvent diminuer, d'autres être stables, et certaines peuvent même augmenter dans certaines conditions.
Les principales pressions étudiées comprennent notamment la transformation des habitats, l'agriculture intensive, les pesticides, la pollution, les espèces invasives et les changements climatiques.
L'étude allemande sur les insectes volants a estimé une diminution de 76 % de leur biomasse sur les sites étudiés entre 1989 et 2016.
Ce chiffre concerne donc les sites et la période de cette étude. Il ne signifie pas que 76 % de tous les insectes de la planète ont disparu.
D'autres travaux ont également étudié les arthropodes des forêts tropicales, les papillons, les abeilles sauvages et d'autres groupes d'insectes. Les résultats montrent une situation complexe, avec des tendances variables selon les espèces et les milieux.
L'abeille domestique est un animal domestique élevé par l'être humain depuis très longtemps. Elle ne doit pas être confondue avec les nombreuses espèces d'abeilles sauvages.
La protection des pollinisateurs ne consiste donc pas uniquement à installer des ruches. Les abeilles sauvages ont elles aussi besoin de nourriture, d'espaces de nidification et d'habitats préservés.
Un environnement favorable aux pollinisateurs doit permettre à différentes espèces de trouver les ressources dont elles ont besoin.
Les villes ne sont pas forcément dépourvues de biodiversité. Jardins, parcs, arbres, haies, friches et petits espaces végétalisés peuvent constituer des refuges pour de nombreux insectes.
La plantation d'arbres et d'arbustes offrant des floraisons à différentes périodes peut également contribuer à fournir des ressources sur une période plus longue.
Images utilisées dans l'ancienne version de cette page.
Dans un article consacré au rapport 2022 de l'Autorité environnementale, Olivier Razemon évoquait les lacunes environnementales de certains projets d'infrastructures et la prise en compte insuffisante de certains enjeux climatiques et de biodiversité.
Cette partie est conservée ici comme document et témoignage de la période à laquelle elle a été ajoutée au site.
Article indiqué dans l'ancienne version : Olivier Razemon, 7 août 2023.
Voici une vidéo consacrée au sujet :
Cette page rassemble des informations provenant de différentes sources, mais aussi des observations personnelles et des textes anciens du site OOCBO. Certaines données correspondent donc à des études ou publications anciennes et doivent être replacées dans leur contexte.
Le sujet du déclin des insectes reste un domaine de recherche actif. Les méthodes de comptage et de suivi s'améliorent et de nouvelles études permettent régulièrement de préciser ce que l'on sait sur les tendances des populations.